DÉVELOPPEMENT PERSONNEL ORGANISATION & PRODUCTIVITÉ

GÉRER UNE FORTE PÉRIODE DE CRISE ; PARTIE 1, MON EXPÉRIENCE PERSONNELLE.

( Crédit photo ; Céline Marks – www.lesdemoizelles.com )

Avant toutes choses, mille fois merci pour l’accueil que vous avez réservé à mon dernier article. Celui ou je revenais sur les 8 derniers mois que nous avons vécu a un rythme effréné. Vos messages m’encouragent tous les jours à trouver du temps pour revenir ici de façon plus définitive et plus régulière.

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler de gestion de crise. Qu’importe la nature de la crise en question, qu’importe la gravité ou non de la situation, les enjeux, tenants et aboutissants, j’entends par crise quelque chose qui vous atteint négativement, qui vient bouleverser vos plans, remettre en question l’ordre établi, ou carrément vous bousiller.

Pour cet article je vais revenir sur  l’exemple le plus récent et aussi le plus violent que j’ai vécu ; la mise en demeure de ma société par l’une des plus grande instance Française. Je rentre dans le détails et je ferais un second article dans les prochains jours, avec le recul que j’ai désormais pour vous parler des leçons à tirer et vous donner quelques conseils.

Allons-y donc. Parce que ça risque d’être interminable – Au lendemain de la victoire de la coupe du monde, nous avons sorti un t-shirt hommage qui a été, à notre grande surprise, repris dans tous les médias nationaux et locaux. ( M6, France 3, l’Equipe, Ouest France, le 20 minutes, BFM TV, RMC, France bleu, et j’en passe ) Nous avons vendu plus de 4000 t-shirts en 72h.
Pour re-situer le contexte ; à l’époque nous étions deux, Mathias et moi même, nous traitons (encore aujourd’hui) chaque commande une à une manuellement, nous écrivons chaque enveloppe nous-même, imprimons chaque produit à la commande ( avec seulement 2 machines comme capacité de production ), nous les plions, emballons et expédions nous même. 

Plus de 4000 t-shirts en 72h. Il faut savoir que chaque commande arrive en live sur mon Iphone ; ce qui en temps normal était plutôt stimulant est devenu rapidement très anxiogène ^^
J’ai connu toutes les phases ; la joie et l’excitation, le rire jaune, la panique, les larmes, la combativité, le persévérance, le stresse, l’épuisement et ainsi de suite.
Ça c’est la première crise ; faire face à une demande inattendue qui dépasse très largement notre capacité de production. Et puis va trouver 4 000 enveloppes comme ça toi, sérieusement ?! les écrire à la main et les stocker… Rien que ça c’était devenu une problématique presque insurmontable, alors je ne parle même pas de l’approvisionnement des bases textiles, de leur impression, des problématiques d’expédition, etc, etc, ETC! (j’ai essayé de l’écrire en toutes lettres pour plus d’impact mais j’ai vite abandonné ^^) 

La chance que nous avons eu ? Mon papa est à la retraite, ma maman était en vacances ( qu’ils ont donc écourtés hein ) et mon frère est indépendant. Ils ont mis leur quoditien en stand by ; ma mère écrivait des enveloppes nuit et jour, mon frère gérait l’afflux de mails et de messages liés au service client, et mon père courrait tout Rennes à la recherches d’enveloppes, de marqueurs, de post-it et de solutions d’expédition. Nous avons réquisitionné le salon/salle à manger familial et pendant 4 jours nous n’avons quasiment pas dormi.
Les 4 jours les plus impressionnants de mon existence ; j’ai vécu avec un sentiment tellement indescriptible d’être à bout de force  et en même temps d’être en train déplacer des montagnes. C’était inespéré, et on ne pouvait pas se laisser abattre, il fallait remonter ses manches et trouver des solutions coute que coute pour satisfaire tout ces gens.

Pour ne pas être trop gourmands, nous avons stoppé la vente en mettant le produit en rupture de stock. Il fallait que ça s’arrête si on voulait pouvoir sortir la tête de l’eau et honorer les commandes déjà enregistrées ( et puis y’a un moment où tu deviens fou il faut être honnête ) 

Le lendemain matin, je me souviens m’être levée avec une énergie et une combativité incroyable ; nous arrivions au bout de la préparation des enveloppes, nous avions trouvé toutes les solutions dont nous avions besoin pour assurer l’envoi de tous ces colis simultanément, plus rien ne semblait pouvoir nous arrêter et pourtant. J’arrivais tout juste chez mes parents quand Mathias m’a appelé et m’a simplement dit

« On arrête tout, on a reçu ce matin le courrier d’un huissier de justice qui représente telle institution. Ils nous accusent de concurrence déloyale et de parasitisme économique, on doit tout stopper »

C’est là dont qu’arrive la deuxième crise vous l’aurez compris. La peur presque maladive au point d’avoir envie de vomir, la remise en question « Mais pourquoi j’ai fais ça ? », les larmes ( beaucoup beaucoup beaucoup de larmes ). Je vous laisse imaginer la détresse ressentie à ce moment là.
Mes parents et mon frère ont fait marcher leur réseau pour nous trouver un avocat capable de nous éclairer sur la situation et les risques encourus. Nous avons eu trois avis, un avocat Rennais spécialiste du sujet, et deux gros cabinets parisiens plus généralistes. Concrètement ce qu’il en ressort c’est que nous n’étions pas dans notre tord, mais que dans cette histoire c’était le pot de terre contre le pot de fer et que nous n’avions que très peu de chance devant les tribunaux. Le risque encouru ? Une procédure d’environ 1 an, et en cas de défaite une amende qui aurait clairement coulée notre société et fait perdre tout ce que nous avons durement crée depuis 2 ans.

Mon caractère de tête brulée me disait d’aller me battre, que c’était beaucoup trop injuste de se laisser faire parce qu’on était les « petits » dans l’histoire et que ça ne nous ressemblait pas. C’était notre première réaction à chaud ; on va les défoncer et si on tombe, on tombera la tête haute.
Et puis après vient la réflexion et la maturité ; est qu’on a vraiment envie de s’engager dans une année de procédure ? De ne penser qu’à ça ? Est-ce qu’on aura encore l’énergie nécessaire dans 6 mois ? Est-ce que par fierté on a vraiment envie de mettre en péril tout ce que l’on a bâti depuis 2 ans ?
Après tout, notre boite ne se résume pas à ce t-shirt. On a d’autres histoires à raconter, d’autres projets à bâtir et d’autres batailles autrement plus glorieuse à mener.

Viens donc la phase d’abandon. La 3ième crise dans cette histoire ; se résigner, s’expliquer auprès de tous ces nouveaux clients, gérer la centaine de milliers d’euros de remboursement, les mécontents, le service client, essayer de minimiser les pertes, gérer les médias qui ont suivi l’histoire et qui souhaite nous défendre quand on ne souhaite rien, et puis surtout passer à autre chose.
C’est la phase qui demande le plus d’énergie ; se relever après avoir l’impression d’avoir été abattu comme un cheval en pleine course; belle métaphore n’est-ce pas ? 🙂
Quand on pense que tout ça c’est passé en l’espace d’une semaine…

Concrètement, l’histoire a mis plusieurs semaines à se tasser ; entre les clients pour qui le message d’information était tombé dans les spams et qui n’avait pas vu le remboursement, qui s’agaçaient de ne pas recevoir leur t-shirt, ceux qui s’inquiétaient pour nous, ceux qui ne souhaitaient être remboursés, les messages de soutien innombrables, les messages d’avocats en herbe et ou confirmés qui souhaitaient nous défendre, les gens prêts à tout pour acheter un t-shirt en secret, les créatifs qui nous suggéraient des alternatives et j’en passe… l’après a été tout aussi lourd à gérer que le pendant. Surtout quand psychologiquement, on a été bien ébranlé et qu’on arrive au bout de nos forces.

Voilà. Le (très très) looooooong résumé de cette crise. Certainement la plus grande expérience de ma vie, tant sur le point perso et pro. J’ai énormément appris sur moi, gagné en compétences et en maturité, j’ai pris la mesure de beaucoup de choses et même si on ne vit pas des trucs comme ça tous les 4 matins ( et heureusement j’ai envie de vous dire ! ) je trouvais important et plutôt pertinent de vous faire un retour d’expérience sur le sujet,

On se retrouve dans quelques jours ( promis cette fois j’attends pas 8 mois ) pour un bilan des enseignements que j’en ai tiré et quelques conseils pratiques pour gérer les crises.

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2 Comments

  • Reply
    Lolli
    9 novembre 2018 at 18 h 43 min

    Tu es très courageuse, cela a dû être très dur à vivre. je te tire mon chapeau. Bonne continuation pour la suite 🙂

  • Reply
    Nakin'
    10 novembre 2018 at 8 h 02 min

    je ne sais pas si j’aurai été capable de gérer une telle crise, vraiment Bravo et merci de partager ça avec nous, ça permet de relativiser nos autres galères.
    je croise les doigts pour la suite pour vous, mais je pense que c’est en très bonne voie 🙂
    Bon WE

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